Tour de coup
Aujourd’hui est comme chacun sait une date historique. Personne n’a échappé à cette phrase : « Tout le monde sait où il était le 11 septembre 2001. »
Bien sûr, mais est-ce que tout le monde se rappelle de ce qu’il a pensé ce jour-là ?
Personnellement, j’en avais rien à foutre. Au début, quand j’ai « vu » le Pentagone en feu (c’est l’image qu’il y avait à la télé à ce moment là), je n’ai vu que des arbres, avec de la fumée derrière. Je me suis dit : « Tiens, ils font une émission spéciale sur les incendies de forêt maintenant ? »
A l’époque, c’était le sujet qui préoccupait tout le monde. Et puis j’ai vu l’avion qui se crashait dans une tour. C’est bizarre mais ça ne m’a rien fait. Tout le monde disait que le monde avait changé, mais moi, j’en avais rien à foutre. Complètement blasé, apathique.
Et puis j’ai commencé à lire Windows on the World de Frédéric Beigbeder, et je me suis pris une vaste claque dans ma petite gueule de con.
Non seulement ce type écrit divinement, mais en plus, il ne nous épargne pas.
Je ne sais pas si j’aime ne pas ressortir indemne d’un livre. Je ne sais pas si ça me plaît d’être choqué comme ça. Le seul conseil que je peux donner, c’est de lire ce livre pour vous faire une idée de ce qu’ont pu ressentir ceux qui étaient prisonniers des Twin Towers.
Avant de lire ce livre, je ne savais pas de quoi ça parlait. Et c’est un pur hasard (si ça existe) si je l’ai terminé aujourd’hui, 5 ans après que ce qu’il raconte se soit produit.
Un petit extrait, pour vous montrer toute l’horreur de la situation :
Quoi ? La pudeur ? Il ne fallait pas choquer les enfants ? Il ne fallait pas faire du sensationnel avec nos corps suppliciés ? Trop dégueulasse vis-à-vis des familles des victimes ? On prend moins de gants quand les charniers sont à l’étranger. Tous les crashs aériens sont photographiés et revendus sauf à New York. Le soi-disant « respect des familles » ne dérange d’habitude pas les journalistes, en particulier américains. Quoi ? Elle est sale, notre boucherie de viande humaine ? C’est la réalité qui est dégueulasse, et refuser de la regarder l’est encore plus. Pourquoi n’avez-vous vu aucune image de nos bras et jambes démantibulés, de nos troncs arrachés, de nos entrailles déversées ? Pourquoi a-t-on caché les morts ? Ce n’est pas de la pudeur déontologique, c’est de l’autocensure, voire de la censure tout court.(...) Un building s’effondre, on le diffuse en boucle. Mais surtout ne montrez pas ce qu’il y avait dedans : nos corps.
(...) à mon avis, il est encore plus atroce de vous laisser imaginer ce par quoi elles sont passées. (Sans compter toutes les phrases que je suis incapable d’écrire.)